Sarko contre les juges, un scénario digne des meilleures séries HBO

Sarko contre les juges, un scénario digne des meilleures séries HBO

L’ouverture du procès de Nicolas Sarkozy au tribunal correctionnel le  23 novembre fait la une de tous les médias cette semaine, l’occasion de décrypter les enjeux de ce procès dans lequel il comparait avec deux compères, son avocat, Thierry Herzog, et un haut magistrat, Gilbert Azibert.

Tous trois sont accusés de corruption et de trafic d’influence. L’ex-président aurait obtenu des informations sur des enquêtes en cours le concernant et ça, ça ne plaît pas du tout à la magistrature française. Le parquet requiert 4 ans avec sursis dont 2 ans de prison ferme à l’encontre de l’ancien président.  

L’affaire des écoutes Édition SarkoGate Bismuth – Bygmalion – Bettencourt – Libye & Guests nous rappelle la complexité des relations entre le pouvoir et la justice au plus haut niveau de l’état, où la filouterie des uns n’a d’égal que la soif de justice des autres. 

C’est donc l’histoire d’un ancien président, au rang de civil, la voix tremblante, cerné par la justice, qui déclare au tribunal correctionnel de Paris : « Vingt ans député. Vingt ans maire. Sept ans ministre. Et cinq ans président. Je n’ai jamais trafiqué ».

Comment un homme au discours teinté d’une telle honnêteté a-t-il pu faire pression sur ses réseaux pour passer au-dessus la justice ?

Épargné dans beaucoup d’affaires malgré deux (gros) boulets encore aux pieds 

La fonction présidentielle implique un savoir-faire certain en termes de diplomatie, de stratégie et d’influence. Il peut être évidemment tentant d’user de ces compétences pour se sortir d’une affaire menaçante, personne n’aime aller en prison. Pour Sarkozy ce ne sont pas moins de 8 affaires l’impliquant qui sont instruites quasi simultanément en 2014 et 2016 :  l’affaire des vols en jet, Karachi, l’arbitrage Tapie, Bettencourt, le financement lybien, l’affaire des sondages.

Toutes sont closes aujourd’hui, soit parce qu’il a été couvert par son immunité présidentielle, soit parce qu’un non lieu a été déclaré. Ce n’est pas le cas du financement par la Libye ni de l’affaire Bygmalion, qui ont eu lieu respectivement avant et après son mandat présidentiel.

Et justement, entre janvier et février 2014, des échanges téléphoniques sont interceptés dans le cadre de l’enquête du financement libyen. Les magistrats se rendent compte que l’ancien président en sait anormalement trop sur l’affaire Woerth-Bettencourt et cela soulève leur intérêt. S’il en sait beaucoup sur ce sujet, il est forcément au courant des enquêtes en cours sur le financement de sa campagne… 

Pourrait-il profiter de son influence d’ancien président pour passer entre les mailles du filet ?

Qui est la taupe ? Suspicion généralisée au plus haut niveau de l’État

Pour les magistrats, c’en est assez des magouilles avec la loi. Ni une, ni deux ils montent une immense opération d’espionnage qui aurait tout à fait sa place dans une série HBO. 

Si Nicolas Sarkozy a eu accès à ces informations protégées par le secret professionnel, c’est qu’il y a une taupe dans la magistrature. Pour la détecter, un large cercle autour de Nicolas Sarkozy est mis sur écoute dans le plus grand secret. C’est tout son entourage qui y passe, notamment ses anciens ministres Claude Guéant et Brice Hortefeux mais aussi de nombreux magistrats susceptibles de l’avoir informé. Désormais tout le monde soupçonne tout le monde.

Ces écoutes suggèrent alors que Nicolas Sarkozy et son avocat historique Thierry Herzog ont bénéficié de la complicité du Haut magistrat, Gilbert Azibert pour se tenir au courant des affaires en cours en échange de quoi, celui-ci se serait fait promettre un poste à Monaco. Parmi ces faits révélés en 2014 par Mediapart, Nicolas Sarkozy, très au courant des secrets de ses affaires judiciaires, avait connaissance de sa mise sur écoute et s’était ouvert une ligne secondaire sous le nom de Paul Bismuth.

Des appels sur écoute pour déjouer un scénario habilement ficelé 

Il appelait régulièrement son avocat en mentionnant un « correspondant »  visiblement bien informé qui s’est avéré être Gilbert Azibert. Mediapart révélait alors le contenu de ces écoutes. Nicolas Sarkozy y mentionnait sa connaissance d’une perquisition qui le visait dans le cadre de l’affaire libyenne, perquisition qu’il était évidemment censé ignorer.

 Il expose ensuite malencontreusement aux enquêteurs une stratégie accablante montée avec son avocat Thierry Herzog . Elle consistait, au cours d’un appel sur la ligne secondaire, à mettre sur pied une conversation simulée sur sa ligne officielle qu’il savait écoutée « pour qu’on ait l’impression d’avoir une conversation » disait-il, en imaginant  le scénario de la fausse discussion et des infos qu’ils pourraient placer, se demandant si « les juges qui écoutent » étaient au courant de certains détails. 

C’est à partir de ces écoutes qu’a été ouverte l’information judiciaire pour « trafic d’influence » qui nous amène à ce procès qui revêt une portée symbolique.

Un pouvoir provisoire

Nicolas Sarkozy a été élu 5 années durant à la plus haute fonction de l’État et a fait partie des personnalités les plus influentes du monde. En tant que Président de la République, il disposait alors d’une immunité présidentielle et ne pouvait donc être jugé pour des faits commis pendant son mandat, sauf exception et destitution. 

En démocratie, toute la beauté de cette puissante fonction réside dans le fait qu’elle est provisoire. Un pouvoir temporellement limité et légitimé par les citoyens,  qui nous distingue des oligarchies. Des notions que le dictateur Libyen Mouammar Kadhafi n’a jamais souhaité explorer, au point de terminer son existence caché dans un tuyau, traqué par les rebelles. 

La condamnation de Sarkozy et ses compères, un souffle pour la démocratie ?

Le procès de Nicolas Sarkozy nous rappelle finalement que nous sommes bien en démocratie. Quoi de plus normal que de constater que nous sommes tous égaux face à la justice ? 

Cette affaire des écoutes met toutefois en exergue l’ambiguïté d’un procès au plus haut niveau de l’État. Un cercle restreint où se mélangent les pouvoirs de différentes institutions républicaines et où se sont parfois nouées des amitiés pouvant nuire à la partialité et à la séparation des pouvoirs.

La mise en place et l’utilisation des écoutes à l’encontre de Sarkozy et de ses lieutenants nous rappelle une fois de plus la forte politisation de la justice tantôt au service d’un pouvoir, tantôt au service d’un autre. 

ParBlonde,
le

Nous contacter

3 min pour un Blonde meilleur

Reportez-nous votre expérience sur la bêta, ou les problèmes que vous constatez.
Sur quel terminal nous avez-vous visité ?*
Quel navigateur utilisez-vous ?*
Si vous avez rencontré un bug, décrivez-le ici*
E-mail