Mais qui es-tu l’objectophile ?

Mais qui es-tu l’objectophile ?

Société

Aimer un objet, ça paraît fou. Et pourtant c’est le cas de personnes en ce monde, qui ont choisi de dire oui à un lustre, une gare ou la Tour Eiffel en personne. Des unions étranges qui ne possèdent pas vraiment de définition au sens clinique. Car l’objectophilie est vue comme une grosse blague pour enrichir les pages entachées des tabloïds anglo-saxons. Mais qu’en est-il réellement ? L’objectophilie mérite-t-elle un titre de pathologie à part entière, ou pourrait-elle devenir un jour une orientation sexuelle reconnue ? On enquête. 

Objectum Sexuality 

Quand on cherche des infos sur l’objectophilie, on tombe d’abord sur des définitions qui décrivent : “ une personne ayant une attirance sexuelle pour au moins un objet inanimé.” Le wiki anglais complète cette définition en précisant que : “ pour certaines personnes, une relation intime, émotionnelle ou sexuelle avec un être humain apparaît incompréhensible.” 

Selon ces éléments de définition, on peut se demander quelle différence y-a-t-il avec le fétichisme ? Et bien il faut savoir que le fétichisme désigne une excitation sexuelle provoquée par des objets, mais aussi par des parties du corps bien précises (le partialisme, comme Tarantino avec les ieps par exemple). En ce sens, l’objectophilie ne concerne que des personnes  attirées sexuellement par des objets, sans compter que le caractère sexuel cohabite avec un (vrai) sentiment d’amour. Réciproque ? Pas sûr. 

De façon hâtive, on pourrait se dire que le caractère unilatéral de la relation convient à des personnes qui ont besoin d’un contrôle absolu sur leur relation…De peur d’être abandonné.e.s.

Amanda, Ericka, Carole,..

Ericka et Tour Eiffel.

Parmi les personnalités objectophiles médiatisées, on cite régulièrement la britannique Amanda Liberty (qui a troqué son nom de famille, Whittaker, pour celui de sa première moitié, à savoir la Statue de la Liberté) ou l’américaine Ericka Eiffel (pareil, mais avec la Dame de fer). Depuis quelques années, après s’en être pris plein la gueule par la presse internationale, les deux femmes se sont mises en retrait et préfèrent éviter toute forme de déclaration. À notre demande d’interview, Ericka nous a répondu ceci : “

Merci pour votre intérêt, mais j’ai pris la décision de ne plus donner d’interviews suite aux effets négatifs que cela a pu avoir sur ma vie privée. Car à travers les centaines d’entretiens que j’ai pu donner depuis ces 15 dernières années, mon histoire, aussi sincère soit-elle, a toujours été utilisée et exploitée contre mon gré.”

Un sentiment de lassitude exprimé par Ericka, qui avait fondé il y a quelques années l’organisation Objectum Sexuality, visant à regrouper les objectophiles du monde entier. Derrière ce site qui mériterait un petit rafraîchissement, la volonté de fédérer une communauté potentielle, disséminée aux quatre coins du globe. Une communauté que l’on peine à cerner, comme nous l’indique Neil Frezzel dans un papier pour VICE paru en 2015 : “Nous ne savons pas combien de ces fétichistes existent dans le monde – trop peu de données ont été rassemblées. Ce que nous savons en revanche, c’est que ce type de fétichisme concerne aussi bien les hommes que les femmes. En 2010, la sexologue Amy Marsh écrivait que le fétichisme était une pathologie liée à un trauma sexuel. En réalité, aucune donnée ne permet de soutenir ce point de vue, alors qu’il apparaît de plus en plus comme « une orientation sexuelle authentiquement rare. »

Un point de vue partagé par Carole (en union avec la gare de Santa Fé depuis plus de 40 ans) qui déclarait au magazine Metro : « La sexualité d’objectophile n’est pas une maladie mentale […] C’est notre sexualité tout comme être lesbienne ou bisexuel, nous ne sommes pas fous ». Des propos qui pourraient laisser croire que l’objectophilie n’est pas une maladie mentale, mais une éventuelle orientation sexuelle, dénigrée et moquée, comme d’autres avant qui relevaient de l’inconnu, avant d’être acceptées par l’opinion publique.  

Si la plupart des scientifiques ne se déclarent pas sur ce sujet, c’est que selon eux il n’y en pas : l’objectophilie est un cas clinique dérivé du fétichisme, et selon la “gravité” des cas, mixé avec une forme de psychose. Le docteur Marronneaud, psychologue à Paris, nous replace le cadre psy de base de la relation homme-objet : “Derrière la relation que l’on a avec les objets, on entend pas seulement les objets du monde. Ça peut être des obsessions psychiques, pas forcément des objets, mais qui sont investis de la même manière. (…) Pour moi la terminologie de l’objectophilie n’est pas la bonne, elle ne fait pas référence à des concepts psychologiques. “ Dans ce cas quelle terminologie pourrait remplacer celle de l’objectophilie ? “ Il faut se mettre d’accord sur le fait qu’il s’agisse de quelqu’un qui entretiendrait une relation privilégiée avec un objet concret du monde. On peut y voir un surinvestissement objectal, ce qui nous emmène du côté du fétichisme. Mais, si on adopte une autre grille de lecture en gardant le terme objectophile, et bien nous le sommes tous (objectophiles). Sous des formes particulières. Vous fumez, vous avez un rapport objectal à votre cigarette, à votre briquet. Vous avez la même chose avec votre chapeau, votre sac à main,…La vraie question étant : quelle relation l’homme entretient-il avec des objets concrets ? C’est à ce stade qu’interviennent les modalités de relations objectales caractérisées d’objectophiles. 

Parce qu’elles prennent une dimension sociale, palpable. On pourrait juste dire que celles et ceux que l’on appelle objectophiles (qui jusqu’ici ont été révélées comme des caricatures rigolotes) se définissent par rapport à la modalité d’une relation d’objet, qui fait écho à chacun d’entre nous par son côté outrancier, extrême. “

Une série d’observations que l’on peut associer à celles du chercheur Adam Waytz, (professeur et chercheur à la Northwestern University – Kellogg School of Management), qui expliquait dans une étude parue en 2011 que : “ Le manque de connexion social avec d’autres êtres humains peut amener des gens à créer des connexions avec d’autres agents, par le biais de l’anthropomorphisme. Dans des cas extrêmes, nous avons le cas d’Emma, une anglaise reclue, qui est tombée amoureuse d’une chaîne hi-fi qu’elle a surnommé Jake.” Waytz poursuit son analyse en évoquant la conception de robots ayant pour but de “satisfaire” un certain type de demande, pas si éloigné du cas objectophile : “ Rien de surprenant à voir se développer un véritable marché autour des robots capables de créer un lien social, et de reproduire, au hasard, un câlin humain.” 

Crédits photos : HER, de Spike Jonze (2013) Wild Bunch Distribution 

Un parallèle intéressant, proposant une lecture élargie de l’objectophilie, dans laquelle on pourrait intégrer la relation homme-robot. À cette différence près que la relation homme-robot, grâce à une imagerie SF bien garnie, nous semble moins déconnante et peut-être légèrement plus acceptable dans un avenir lointain. À condition d’intégrer un élément humain sensible dans la relation. Cette mimétique anthropologique a toute son importance dans les exemples de robots évoqués par Waytz : ils bougent, discutent, font des câlins. C’est d’ailleurs l’histoire de HER (film de Spike Jonze, sorti en 2013) à travers laquelle le personnage de Theodore, interprété par Joaquin Phoenix, tombe éperdument amoureux d’un système d’exploitation. 

Jusqu’ici, rien de très différent avec l’objectophilie. Sauf que ce système d’exploitation dispose d’une voix féminine programmée mise au service d’une AI. Alors si un lustre ou une chaîne hi-fi était en mesure de dialoguer, serait-on plus enclin à imaginer l’objectophilie comme une orientation sexuelle lambda d’ici un siècle ou deux ? L’avenir nous le dira. 

ParYohan Huvelle,
le

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