Mass-Story viewing : vous êtes la star des influenceurs russes sur Insta

Mass-Story viewing : vous êtes la star des influenceurs russes sur Insta

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Le nombre de spectateurs inconnus regardant nos stories instagram est en explosion depuis quelques semaines. Si il vous arrive de poster vos aventures en stories, vous vous êtes peut-être demandés ce qui vous a valu une telle notoriété en Russie ces derniers jours. Surtout lorsque vous avez vu le nombre astronomique de nouveaux spectateurs aux descriptions écrites en emoji-cyrillique.

Mais c’est quoi un follower russe zombie ?

Ce n’est pas donné à tout le monde de susciter soudainement l’intérêt de mannequins à 100k abonnés. Mais vous observent-ils ? Vont-ils vous reconnaître dans la rue lors de vos vacances à Moscou ?  Pourquoi ne s’abonnent-ils pas ? Sont-ils tous des bots ? Votre visage peut-il être analysé par des intelligences artificielles afin de vous reconstituer dans un porno obscène à votre insu ? Ou pire, serait-ce de vrais influenceurs vous jugeant en direct d’un popup store ?

Autant de questions très pertinentes que vous n’êtes pas seuls à vous poser. Car nous sommes des millions à profiter de cette gloire soudaine dont on se passerait volontiers. Pour les curieux, on va faire la lumière sur l’identité de vos nouveaux fans.

Mass-story viewing, en trois mots

Le MSV est une grave pandémie qui atteint instagram et fait beaucoup de mal à la dignité de l’humanité, en ce qui concerne ses objectifs sur terre. Surtout si une civilisation extraterrestre nous observe.

J’ai été triste d’apprendre que mon compte n’intéressait pas encore de riches influenceurs russes, en réalité nos spectateurs sont le fruit de l’apogée d’une technique sobrement nommée “mass story viewing” ou visionage de masse. Une méthode radicale et fraîche de quelques mois tout droit venue de russie. Le pays des influenceurs en tout genre.

Le mass story viewing c’est la promotion de comptes et de service via des comptes visionnant votre story simultanément afin de maximiser vos chances de clic sur l’un d’eux. Comprenez l’invasion soudaine d’un mélange de vrais comptes-zombies et de comptes bots stupides permettants à d’autres bots stupides de faire gagner des clics et des abonnés à d’autres bots stupides pour qu’en bout de chaîne des personnes comme l’apprentie-influenceuse Linda puissent exister au travers de leur Instagram et drainer de nouveaux abonnés. En fait elle draine surtout du trafic pour son référencement. Et tout cela moyennant un service payant d’environ 15 à 30 USD.

Et Linda l’instagrameuse dans tout ça ?

Ce service permet à Linda de cibler via une application un type de profil qui possède en général moins de 1000 abonnés et de regarder simultanément les stories de milliers de comptes. Soit en transformant son compte en zombie au risque de se faire bannir par Instagram, soit en générant des comptes intermédiaires pointant vers le sien via un lien dans la bio par exemple..  

Elle pourra ainsi continuer d’étaler son quotidien d’influenceuse épanouie et proposer dans ses stories des unboxings de contrefaçons de téléphones pour toucher de jeunes ado bien réels et sans défense qui la suivent dans leur quête de figures à admirer. Linda pouvant elle-même être le pseudonyme donné par une société qui l’emploie pour incarner l’image d’un ou plusieurs comptes. La moitié des abonnés et du trafic qu’elle drainera avec ce service payant seront des bots, les uns et les autres se renvoyant entre-eux abonnements, trafic et visionnage de story automatisés. Une sorte d’énorme nébuleuse de bullshit vomitif et artificiel se mordant la queue et qui ferait imploser la terre si on l’imprimait en 3D.

Le MSV c’est un business !

Les boss de ces invasions cherchent de nouveaux canaux grossiers pour vendre des services permettant de vendre des services à des gens qui souhaitent profiter de nouveaux service à vendre, pour vendre des services. Et ce afin d’animer des sites de dropshipping, véhiculer des fakesnews, servir les influenceurs ou encore arnaquer des enfants. Et tout cela grâce à la génération de trafic humain tant sur des comptes que sur des sites web.

Pour créer de la communauté il y a l’approche directe, qui consiste à mass follow ou envoyer manuellement des messages bateau tel que “superbe :wink:” puis à automatiser cette tâche pour l’envoyer à 4000 personnes simultanément en espérant retenir l’attention d’une centaine. C’est ce photographe relou d’Instagram qui dit que vous êtes magnifique en anglais sur une photo de vos pieds, mais lui souhaite vous partager de l’art. Ce n’est pas le cas de tout le monde.

Nos amis malins ont fait le constat simple que l’on regarde très régulièrement les spectateurs de nos stories. Cette liste est donc un affichage publicitaire évident jusque là vierge et peu verrouillé par les antispam d’Instagram. Comme dit plus haut, l’idée est que si l’on envoie un seul intru étrange sur votre liste de spectateurs vous n’allez pas forcément lui porter de l’intérêt. Mais en vous spammant avec des dizaines de spectateurs étudiés pour vous piquer les yeux vous appuyez sur au moins l’un d’entre eux en vous demandant qui diable a regardé votre story. Et c’est gagné pour leurs statistiques ! On sera toujours plus attiré par l’affiche grand format que par le tract qui traîne par terre.

Ces profils sont donc en grande majorité des mini-pages de pubs plus moins habillés en publication qui visent à vous faire cliquer sur les lien dans leurs bios ou posts. Ce que l’on retiendra c’est que les intrus de votre liste ne sont dans la majorité des cas qu’un lien publicitaire entre vous et un influenceur ou un service payant ou de simple récepteurs de trafics. Beaucoup sont de vrais comptes actifs mais en viewing automatique. Ils ne vous verront pas. Et ils ne vous jugeront normalement pas, mais ça personne ne peut l’assurer.

La porte ouverte à toutes les pyramides

Sur le papier quand c’est correctement ciblé ce n’est pas idiot. Mais ces outils fonctionnent sur la masse et partent toujours en vrille. Ils sont développés sur un principe de moutonnerie générale qui se cannibalise toujours. Par exemple dans les promotions de services payants douteux vers lesquels renvoient les liens de ces comptes, on trouvera les Paul-Henry vous vendant le service affilié qui vous permettra à votre tour de générer ce mass story viewing en ciblant les comptes de vos amis. Vous pourrez ainsi ajouter leurs techniques et affiliations à votre formation marketing douteuse et aspirer devenir un meilleur Paul-Henry. Votre formation qui forme, vous l’aurez deviné, à obtenir des revenus passifs par la vente de formation marketing douteuse.

Par l’effet de pyramide ce sont donc des millions de comptes tout droit venus de Russie qui se sont retrouvés activés dans cet objectif en quelques semaines.

Tout un écosystème toxique…

Ils remplissent en ce moment même les poches des escrocs et vrais gagnant de la mascarade. Ce sont les différents acteurs surpuissants en haut de la pyramide de vente bien informés sur les secrets des API des grand réseaux sociaux. Les APIs ce sont ces outils mis à disposition par les réseaux sociaux pour permettre à des entreprises très sérieuses de développer des applications, en leur permettant un accès facilité au réseau social pour que vous puissiez par exemple programmer un post et l’envoyer via une appli tierce, ou pour faire de l’analyse statistique.

En les détournant pour automatiser des tâches d’espionnage cela ramène de l’argent à de sombres et lucratives professions tels que les fermes d’élevage de bots. Farmés par millions par une société, achetés vierges par dizaine de milliers avec un prix au kilo par d’autres éleveurs qui leur donneront un aspect réaliste dans le cas de faux-compte utilisateurs, pour les revendre plus cher à d’autres encore. Puis au client final, comme le responsable de communication d’une personnalité politique, Paul-Henry ou autre entreprise en manque de stratégie réseaux sociaux qui jugera bon de les acheter une centaine d’euros le millier pour booster vues, likes, abonnés ou autres crédits contemporains de crédibilité.

Mais il faut toujours leur trouver de nouvelles utilités et surtout leur faire prendre de la valeur en trafic. Ce sont ceux-là qui jouent des rôles dans la propagation des infox aka fake news et dans le floutage statistique de sites qui s’en retrouvent mieux référencés alors qu’ils ne le devraient pas. Parmi les acteurs au sommet on trouve les fins stratèges développant les outils d’automation pour créer des services payants permettant ces visionnages automatiques, commentaires automatiques et autres pollutions. Ils ont le poids de centraliser le bot, le client et la technologie.

Le walking dead du like

Le mass story viewing ces derniers temps ce serait comme si la traditionnelle technique du mass follow tournait en spin off de walking dead à cause de bots en roue libre. Immaginez qu’en 2 jours vous gagniez 600 abonnés zombies tout à fait polluants sans les avoir achetés ni demandés, dans le seul but de vous proposer des services que vous ne pourriez même pas traduire dans votre langue ni même bénéficier depuis votre pays…

Un désastre dont Instagram s’est protégé en limitant les robots pour qu’ils ne puissent pas s’abonner à plusieurs milliers de comptes simultanément. Chose contournée avec les stories. Le succès du msv a été si fort en Russie dans cet écosystème que les bestioles sont devenues hors de contrôle du fait qu’elles sont accessibles à tous pour peu cher, elles ciblent donc tout et n’importe quoi.

Cela nous révèle le néant cosmique qui entoure une partie des réseaux sociaux et interroge sur la condition psychologiques de ceux qui cliquent sur les numéro surtaxés inscrits dans certaines bios. Ceux là représentant toujours le faible pourcentage d’engagement suffisant pour que la machine accélère. Mais ça touche surtout, trop souvent de jeunes internautes.

Toujours plus de génie au profit de la pollution d’esprits sans défense

Le mass story viewing n’est pas une technique nouvelle et se fait depuis que snapchat a créé le principe de story. Mais snapchat est restreint dans sa viralité et est en perte de vitesse.

Elle fait partie des nombreuses techniques en perpétuelle évolution permettant de détourner les réseaux sociaux pour faire de la promo virale et grossière en jouant au chat et à la souris avec les Gafam, qui mettent rapidement des solutions en place tant elles sont polluantes pour leurs communautés et pour leur propres revenus publicitaires.

On peut faire un peu de nostalgie avec les proto-community managers français qui créaient des pages “si toi aussi tu aimes les citrons” en 2009. Elles généraient des pages à 50 000 j’aime en 1 semaine et les pubs déguisées ou non s’y glissaient et se monnayaient en milliers d’euros. Ils ont pris leur argent. Puis Facebook a restreint la viralité autour de ces pages inutiles bien qu’elles continuent évidemment de générer des sommes folles sous d’autres formes (les “le saviez-vous” et consoeurs en sont de bons exemples). Mais ça restait humain, je crois. En moins subtil pour la génération de trafic il y a eu les boutons “share” cachés en invisible sur des pages web, quand quelqu’un cliquait sur la publication du “boa qui a avalé tout un village en Afrique” il le partageait. Ici on avait déjà un bon niveau de prenage de gens pour des cons et Facebook avait fini par réagir agi face aux polluants. Il semblerait que le principal point commun avec le MSV c’est que c’est souvent les mêmes qui tombent dans le panneau.

Et instagram dans tout ça ?

Instagram, ses 1 milliards d’utilisateurs actifs en 2019 et ses stories addictives fait partie des terrains de jeu idéal du moment pour réunir en pogo ces milliers de singes savants peu scrupuleux. Un très bon exemple de cet écosystème est l’achat d’abonnés dont nos politiques ont été friands.

Instagram va enrayer cela même si ce n’est pas une priorité puisque ça n’affecte pas le réseau de manière visible, c’est en revanche un floutage de leurs statistiques et la purge ne saurait tarder. C’est donc le moment pour nous délecter de cette source infinie de profil explosant le ridiculomètre, profils à l’apogée caricaturale des pires business et des influenceurs les plus douteux à l’image de cette jeune fille en slip kangourou posant à Pripyat avec tout le respect qui se doit dans une ville qui a vécu d’immenses drames.

Comment les supprimer ?

Si comme moi vous passiez votre temps à les bloquer sachez que vous perdez votre temps. La seule façon de s’en débarrasser et de passer votre profil en privé (c’est aussi pour éviter cela que Instagram va se décider à agir), ou bien de réserver vos stories à vos amis avec la nouvelle option…

ParAndréa Malange,
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3 min pour un Blonde meilleur

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