Des vents de poussière radioactive, retour de bâton du Sahara

Des vents de poussière radioactive, retour de bâton du Sahara

Des prélèvements effectués dans le Jura ont montré une augmentation notable du taux de Césium 137, un isotope radioactif. Un cruel mais magnifique cadeau du désert Saharien, en retour de nos essais nucléaires menés dans les années 60.

La fin du mois de février a offert un spectacle remarqué dans l’est et le sud de la France, des poussières amenées par un vent du Sahara ont teinté l’atmosphère de couleurs orangées et poétiques, appelant à la contemplation. Les particules voyageuses ont parcouru des milliers de kilomètres au-dessus de la Méditerranée, portés gracieusement par les flux d’air pour nous offrir ces instants de rêverie. 

Les promeneurs se sont rendus compte qu’une couleur anormale recouvrait la neige, un manteau de sable sur la neige. Le désert aride qui se pose sur la neige. On peut dire que les sables du Sahara connaissent une nouvelle expérience de vie.

Le Sahara n’est pas venu les mains vides, il nous a poliment rendu les isotopes radioactifs que nous avons vomi sur ses terres lorsque la France y faisait détonner ses ogives nucléaires. Des prélèvement fait sur la poussière recouvrant les voitures montre la présence de Césium 137.

« Il est impressionnant d’observer cette pollution radioactive 60 ans après. Elle nous revient comme un boomerang, car c’est la responsabilité de la France d’avoir engagé ces tirs nucléaires au Sahara. C’est un retour à l’envoyeur. » explique Pierre Barbey, un spécialiste de la radioprotection interrogé par le journal Le Monde.  « On avait observé cette radioactivité dans les dépôts au sol de ces particules atmosphériques. » Cet épisode s’est reproduit en février.

UN RAPPEL DE NOTRE PASSÉ

Le 13 février 1960, à Reggane en Algérie, la France offrait sa Gerboise bleu,  au sud du désert du Saharien. Une bombe au plutonium d’une puissance de 70 kilotonnes, quatre fois plus puissante que la bombe larguée à Hiroshima. C’était le premier essai nucléaire Français et les retombées radioactives allaient s’étendre de l’Afrique de l’Ouest au sud de l’Europe. Un exercice qu’elle fera 17 fois en Algérie et un peu plus de 350 fois en tout, à travers les mers et la Polynésie française. Le désert en porte les traces et nous revient, mais l’ensemble de ces essais ont de même chargé l’atmosphère, d’un « bruit de fond » un rayonnement permanent mais extrêmement faible, résultat de nos nombreux jouets atomiques.

La guerre froide amena en effet son lot de pollution atmosphérique à la Terre et les années 60 furent une époque riche en érection de champignons atomiques. Un an après le premier essai Français, La Tsar Bomba une bombe à hydrogène de 57 000 Kilotonnes, était larguée par les Soviétiques dans la mer de Barent. L’éclair fut visible à près de 1000km et souffla des maisons situées à plus de 100km. C’est l’équivalent de 3200 fois l’explosion de la Bombe Little Boy d’Hiroshima. Elle est encore aujourd’hui responsable de 5% de la radioactivité présente dans l’atmosphère. 

Quelles sont les risques de ces retombées ?

Le Césium 137 est un isotope radioactif qui émet des rayons gamma pénétrants et toxiques pour la santé. La dangerosité dépend des taux et des niveaux d’exposition. Elle est encore difficile à obtenir mais toutefois très faible.  L’inhaler, comme c’est le cas en présence de poussières , représente  une contamination interne dans le jargon de radioprotection.  Aucune étude n’est capable de déterminer les conséquences sanitaires à long terme d’une exposition prolongée mais elle semble anodine. La radioactivité maximale qui a été mesurée est de 0,25 Micro-becquerels/m3 en Essonne et 0,76 µBq/m3 àClermont-Ferrand. Ce n’est pas plus élevé que la moyenne du bruit de fond dont nous parlions plus haut, qui est de l’ordre de 0,15 µBq/m3s.

Par exemple, lors de l’accident nucléaire de Fukushima, le nuage qui avait survolé la France avait fait monter les niveaux à quelque 100 à 200 µBq/m3. Quant au fameux nuage de Tchernobyl, il avait été responsable de mesures allant jusqu’à 1 Bq/m3 ! Nous en sommes donc très éloignés.

Finalement la radioactivité n’est pas le pire dans l’exposition

Mais dans les poussières Saharienne, certaines particules fines transportées ne sont pas anodines. On y trouve du pollen des moisissures, des nitrates, des sulfates, du cadmium du phosophore, de l’ammonium, du fer, de l’uranium, du carbone, ou encore du sodium. Le tout venant généralement s’ajouter à d’autres pollutions. Des irritations et des troubles respiratoires peuvent toucher certaines personnes. Des études, ont de même montré que ces passages de poussière pouvaient être à l’origine d’une augmentation des cas d’asthmes et de conjonctivite. Cela enlève un peu de charme à la féerie du ciel orangé. 

Des particules à relativiser toutefois au regard de la pollution industrielle, automobile, ou même des chauffages à bois, plus nocives. Quand aux poussières du Sahara, les experts recommandent d’éviter les activités physiques pendant ces périodes de forte concentration.

Quels sont les risques environnementaux ?

Un phénomène de dilution se produit sur les longues distances, les particules se déposent au sol puis se retrouvent dans les cours d’eau. Des phénomènes de reconcentration de cette pollution peuvent-être visibles dans les régions montagneuses, la radioactivité notamment sera véhiculée par l’eau et concentrée dans des points bas.

À la question, y a -t-il plus d’étoiles que de grain de sable ? La réponse est oui, mais il y a tout de même beaucoup de grains de sable dans un désert, fascinant de voir que 60 ans plus tard les traces laissées continuent d’être visibles.

ParBlonde,
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