LeLIVE : comment Webedia s’est planté ?

LeLIVE : comment Webedia s’est planté ?

INTERNET

Alors que la chaine s’enfonce dans une inexorable descente aux oubliettes, le lancement chaotique du stream leLive de Webedia permet aujourd’hui de s’interroger sur les critères d’une offre de contenus réussie.

LeLive avait tout et pourtant…

Le 3 février dernier, Webedia lançait sa (très) attendue plateforme live. Avec une grille de programmes alléchante, présentée par des talents de l’écurie comme Cyprien, Mcfly et Carlito, Norman, Maxime Musqua, Bapt&Gaël, Domingo…

Tout pour réussir. Et pourtant, le lancement a tourné au fiasco. Dérapages, vannes douteuses, bugs techniques et pour finir un éjection de Twitch, l’une des trois plateformes de diffusion (avec Youtube et Dailymotion). La cause présumée de ce bannissement : le N word de Kevin Razy, l’un des présentateurs de la soirée. 

Business vs Art 

Plutôt que de lancer une autre pierre sur ce géant médiatique français qu’est Webedia, fragilisé mais toujours debout, concentrons-nous plutôt sur les raisons de cet échec.

Déjà il y avait l’attente. D’un côté, Webedia est souvent décrié pour son côté machine à fric sans transparence. De l’autre, les créateurs et créations qu’elle produit cumulent des millions de vues et d’abonnés. Cet écart est en mesure de produire une tension, qui se manifeste par l’attente de productions à la hauteur, répondant aux exigences des millions de viewers.

Tout ceci se solde par un équilibre délicat entre une lourde stratégie business et une dimension artistique à géométrie variable. Sauf qu’ici, la première à très largement dépassé l’autre comme l’explique Squeezie : Ce projet est tenu par des gens qui n’y connaissent rien, qui ont juste envie de faire des thunes, qui ont zéro passion et à partir de là, forcément, c’est le bordel derrière et ça donne lieu à des lancements catastrophiques comme ça.”

On a donc un début d’explication : l’impératif financier écraserait la création. 

Sauf qu’il serait facile d’imputer à Webedia la quête du seul profit au détriment de la création. Ce constat simpliste va à l’encontre de la position actuelle de Webedia, soit celle de 2ème groupe de médias français en ligne. Pour atteindre cette position, l’entreprise a jusqu’ici déployé des moyens colossaux pour appréhender les attentes de ses consommateurs. Que ce soit par le choix de ses créateurs, la capacité à leur offrir des conditions de création, le choix des cadres de diffusion,…Bref, pour faire simple : une entreprise comme Webedia sait parfaitement que sa rentabilité dépend d’une réponse adaptée à son audience.

Beaucoup de formes, mais peu de fond 

En dehors de Squeezie, beaucoup parlent d’un investissement colossal pour le lancement de cette plateforme. Alors, deuxième question : malgré les moyens de production conséquents, qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?

En ce sens, on peut se tourner vers le métier énoncé sur la home du site de l’entreprise : “Rassembler, animer et engager des communautés, autour de contenus forts.” 

Pour ce qui est de “rassembler, d’animer et d’engager des communautés”, c’est une promesse omniprésente aujourd’hui, qu’il n’est plus nécessaire d’expliquer. En revanche, la composition de ces “contenus forts” reste floue. 

Et sur ce lancement, c’est sans doute au niveau de la création de contenus, plus que dans la promesse, que Webedia s’est égaré. Que ce soit par un manque de cohérence globale, de ligne éditoriale et de direction artistique. Qui sont les ingrédients indispensables à la conception de contenus réussis. 

Viennent ensuite les dérapages, amplifiés par l’absence de filet de sécurité. L’aspect roue libre décuple la gêne provoquée par la vanne de Gérard Baste sur Kobé Bryant, par exemple.

Ce fiasco a également soulevé une évidence : la volonté de mixer “télé à papa” et stream se heurte à l’incompatibilité des codes respectifs à ces deux types de médias. Ils n’ont en commun que le mot “direct”. Au-delà, la spontanéité du stream semble difficile à tenir sur un format long hérité de la TV. Et inversement, les normes télévisuelles (budget, décor, moyens techniques,…) ne peuvent driver le stream sans privilégier ce qui fait le succès de Twitch : l’originalité sans artifices et la personnalité des streamers, mêlée – encore une fois – à leur spontanéité. 

À cela on pourrait répondre un mot : “concept”. Erreur, car leLIVE ne manque pas de concepts forts, prometteurs et intéressants : 301 vues, Social Club, On Set, Turfu,… 

En revanche, ce qui peut manquer – et va de pair avec une bonne promesse éditoriale – c’est un discours. Soit du sens derrière les mots et les vannes, qui en plus de divertir permettent de réfléchir. Ce qui revient non pas à imposer une formule toute faite sans issues, mais au contraire donner au spectateur un espace de réflexion. Et de la matière.

Nous contacter

3 min pour un Blonde meilleur

Reportez-nous votre expérience sur la bêta, ou les problèmes que vous constatez.
Sur quel terminal nous avez-vous visité ?*
Quel navigateur utilisez-vous ?*
Si vous avez rencontré un bug, décrivez-le ici*
E-mail