La lune va enfin découvrir l’existence des femmes

La lune va enfin découvrir l’existence des femmes

Le 9 décembre 2020, la Nasa a révélé au monde les 18 astronautes dont les 9 femmes qui poseront le pied sur la Lune vers l’horizon 2024. Une sélection historique à de nombreux égards !

Nous ne sommes pas retournés sur la lune depuis 1972. Un fait qui peut paraître étonnant puisque nous nous y sommes posés 6 fois à l’époque avec un programme spatial disposant d’une puissance de calcul totale équivalente à celle requise pour une seule recherche Google. La date de notre retour sur l’astre se rapproche à grands pas avec le programme Artemis, et pour la première fois, l’équipe d’astronautes destinée au nouveau programme sera composée à moitié de femmes.

La nécessité en 2020 de souligner cette parité comme une évolution notable, nous rappelle que derrière nos progrès scientifiques, il y a encore au moins autant de progrès sociaux à accomplir. 

La lune croit qu’il n’y a que des hommes sur Terre

Parmi les milliards de milliards de créatures ailées, à pattes, amphibies ou bipèdes ayant vécu sur Terre, seules 12 d’entre elles ont foulé la roche lunaire entre 1969 et 1976 au cours de 6 missions. 

Ces 12 assemblages complexes de molécules faisant de nous des humains tristes et heureux ont parcouru les 384 400 kilomètres nous séparant de la lune, pour littéralement marcher dessus. Belle réussite que de toucher un objet céleste qui oriente et fascine notre espèce depuis des millions d’années. Malgré cet exploit technologique de conquête lunaire, aucune femme ne lui a encore rendu visite, notre astre pense donc qu’il n’y a que des hommes sur Terre, c’est ballot.

Les femmes dans l’espace, une longue histoire d’inégalité des sexes

Leur histoire spatiale avait pourtant bien démarré. Deux ans seulement après le premier vol spatial de Youri Gagarine, la cosmonaute russe Valentina Terechkova devient la première femme à quitter l’atmosphère terrestre. Du 16 au 18 juin 1963, elle effectue 48 orbites autour de la Terre en 70 heures et 41 minutes. La jeune femme, âgée de 26 ans lors de son premier et unique vol, avait été sélectionnée pour ses compétences, de pilote et de parachutiste. Mais aussi pour sa proximité avec le Parti : elle était secrétaire de la section locale des jeunesses communistes de Iaroslavl au moment de sa candidature. 

À l’époque, l’URSS vole de succès en succès dans l’espace. Premier satellite mis en orbite avec Sputnik en 1957, premier homme, Gagarine en 1961… Il n’était donc pas question que la première femme soit une Américaine. Pendant ce temps, la Nasa sélectionne les astronautes qui poseront à nouveau le pied sur la lune mais aucune femme n’en fera partie. Entre 1963 et 1983, il ne se passe plus rien, pas de femme en vue dans les modules spatiaux, jusqu’à la première Américaine à aller dans l’espace, Sally Ride. Peu à peu les choses ont pris une tournure plus égalitaire, avec les équipages mixtes de la navette spatiale et de l’ISS. Ce qui n’a pas empêché quelques situations dérangeantes, comme en mars 2019 lorsque la Nasa prévoyait de longue date la première sortie extra-véhiculaire d’un duo 100% féminin, et s’est rendu compte au dernier moment  que l’une des astronautes n’avait aucun scaphandre à sa taille. L’événement a dû être repoussé. Elle aura finalement bien lieu en octobre de la même année avec les astronautes Christina Koch et Jessica Meir.

Ce n’est certainement pas pour des raisons physiologiques que les équipages féminins ont manqué dans les programmes spatiaux.  Bien au contraire, des études tendent à montrer que ce sont les hommes qui sont désavantagés. Ils consommeraient plus d’oxygène, plus d’eau et de vivres, et seraient même théoriquement moins propices à vivre ensemble dans des espaces exigus pendant de longues périodes. À l’inverse, le corps des femmes fait preuve d’une résistance remarquable. Jusque là, l’histoire décidait autrement. L’espace est un lieu nécessitant une résistance physique extrême que l’on confiait à des pilotes de chasse, un autre métier alors réservé aux hommes, un tort aujourd’hui largement démontré pour les mêmes raisons. 

La question des menstruations de l’espace

Avant qu’elle ne devienne la première femme américaine dans l’espace, les tampons de Sally Ride ont valu de nombreuses discussions aux scientifiques. Ils les ont pesés, sentis, pour s’assurer que leur odeur ne serait pas trop prégnante dans la capsule spatiale confinée. Se sont demandé dans une question célèbre si 100 tampons seraient suffisants. « Ce n’est pas le bon nombre, » leur avait-elle répondu. Disons que la Nasa ne savait pas trop comment aborder le sujet des menstruations. Les scientifiques et ingénieurs essayaient d’être compréhensifs, cherchant des solutions, imaginant attacher les tampons par leur ficelle pour éviter qu’ils ne s’éparpillent en flottant. 

Une idée reçue était malheureusement répandue sur le fait que les femmes allaient avoir des sauts d’humeur et devenir incapables pendant la période de leurs règles. Et puis le sang allait-il sortir sans la gravité pour l’attirer en-dehors de l’utérus ? Allait-il plutôt s’accumuler à l’intérieur, ou même s’écouler vers l’abdomen en passant par les trompes de Fallope, une terrifiante condition appelée menstruation rétrograde, liée à l’endométriose ?

Quant aux infrastructures, elles n’ont pas été pensées pour les problématiques menstruelles  « Les systèmes de gestion des déchets à bord de la Station spatiale internationale, qui réutilisent l’eau contenue dans l’urine, n’ont pas été conçus pour gérer le sang menstruel », écrivent Jain et Wotring. Seules les toilettes Russes de la station sont équipé pour stocker le sang hors du circuit de recyclage.

Il a bien fallu que quelqu’un tente l’expérience, ce fut Sally Ride, et finalement il ne s’est pas passé grand-chose. L’utérus s’est montré plutôt compétent pour expédier le sang de ses parois sans l’aide de la gravité. Mais devoir gérer des tampons dans l’espace est malgré tout un désagrément, et les crampes ne sont pas plus clémentes dans l’espace que sur Terre. Les scientifiques ont donc proposé une solution pour les femmes astronautes, une solution qui fait son chemin chez d’autre femmes sur terre. Celle de prendre la pilule en continu ou d’utiliser des contraceptifs tels que le stérilet. C’est aujourd’hui la meilleure solution et la plus sûre pour les astronautes qui préfèrent ne pas avoir leurs règles pendant une mission, explique Varsha Jain, spécialiste du sujet, gynécologue et professeur invité du King’s College London. Une femme qui passerait trois ans dans l’espace, par exemple pour aller sur Mars et en revenir, aurait besoin d’environ 1 100 pilules, ce qui ajoute un certain poids à une mission, mais serait moins encombrant que les tampons. Mais c’est un choix totalement personnel qui leur revient. 

Bien du progrès a été parcouru et reste à parcourir, mais à défaut d’être parvenus à représenter équitablement la moitié de l’humanité dans l’espace, nous avons eu le temps d’y envoyer un chien, un chimpanzé et une Tesla. Et ça, c’est beau. 

D’Apollo à Artémis, quand l’Histoire s’écrit discrètement

En 1962, dans un climat de guerre froide et de course à l’espace, la Nasa révélait dans une conférence de presse sa sélection de beaux mâles pour le programme Apollo. Figuraient dans cette liste des anonymes, tels que Neil Armstrong ou Buzz Aldrin, rudement sélectionnés pour aller sur la lune. Peu de gens s’imaginaient alors que 7 ans plus tard, ils entreraient dans l’Histoire à tout jamais comme les premiers explorateurs quittant leur planète mère pour atteindre un autre astre. Et jusqu’à ce jour du 24 juillet 1969 où Neil Armstrong prononçait sa punchline en marquant son empreinte sur la lune en direct de toutes les télévisions, il y a fort à parier que peu de gens accordaient crédit ou quelconque intérêt à ce projet complètement fou. Une conquête lunaire scientifique et idéologique au paroxysme d’un egotrip entre 2 puissances militaires qu’étaient les États-Unis et l’URSS. 

Les théories du complot conséquentes au déni qu’un événement aussi fou ait pu avoir lieu n’en ont d’ailleurs  jamais décousu. Leurs propagateurs préférant généralement observer des soucoupes volantes et vendre  livres ou des documentaires expliquant comment le gouvernement Américain a tourné les missions lunaires dans un décor de Stanley Kubrick. Une vision… lunaire et injustement rabas-joie.

En 2020 le programme s’appelle Artemis, du nom latin de la déesse jumelle d’Apollon, programme spatial extrêmement ambitieux marquant le retour des États-Unis sur la lune. Un programme qui nous a révélé le 9 Décembre ses inconnu.es qui vont entrer dans l’histoire. L’occasion de s’intéresser de très près à ces nouveaux aventuriers. Il règne sous une autre forme la même incrédulité des années 60 face à notre retour sur l’astre. Cela fait plus de quarante ans que le grand public entend des promesses de conquêtes martiennes ou lunaires prochaines, mais elles sont bousculées au rythme des élections américaines, et elles pourraient encore l’être. 

L’intérêt du public pour le spatial est aléatoire et dépend des grands projets en cours. Artémis est un grand événement spatial qui s’écrit en ce moment dans l’ombre. C’est bien la première fois que l’on nous affirme que l’on peut réalistement quitter l’orbite terrestre basse au cours de la décennie 2020. La station spatiale internationale est à ce jour le seul et unique endroit où se rendent des humains lorsqu’ils vont dans l’espace et il est grand temps d’élargir nos horizons. 

Une sélection historique, et des visages 

“ Il est probable que la prochaine personne sur la Lune sera une femme et la première personne sur Mars sera aussi probablement une femme”.          

Jim Bridenstine, administrateur de la Nasa, le 8 mars 2019.

Les candidat.e.s révélé.e.s cette semaine après des années de sélection s’apprêtent à devenir le symbole de l’entrée dans une nouvelle ère de l’exploration spatiale. La station spatiale deviendra une longue mais riche parenthèse. Nous écrirons sans doute dans les livres d’histoires qu’après une première tentative au XXème siècle, c’est en 2024 que nous avons su renvoyer des astronautes vers des astres. Un projet dont la portée symbolique est universelle par le message envoyé à l’humanité. Un message d’autant plus fort si la première empreinte laissée sur la poussière lunaire depuis 1972, est celle d’une femme.

Quant-à l’officialisation de cette liste, le vice-président de la Nasa ne mâche pas ses mots  “ C’est incroyable de penser que le prochain homme et la première femme sur la Lune font partie des noms que nous venons de lire.  Les astronautes de l’équipe Artemis sont l’avenir de l’exploration spatiale américaine – et cet avenir est radieux.  » 

Un avenir radieux mais compétitif

Le monde du spatial n’a jamais été autant bouleversé qu’en cette dernière décennie. Il n’y a jamais eu autant d’entreprises privées investissant le spatial et jamais autant de fusées n’ont décollé pour ajouter des objets plus ou moins utiles autour de l’orbite. Les tensions politiques des Etats-Unis avec la Chine, devenue une puissance spatiale, rappellent le parfum de Guerre Froide, et en ce qui concerne notre satellite naturel c’est bien les Etats-unis qui devraient gagner ce premier retour, bien que l’espace reste avant tout une histoire de collaboration internationale.

Don’t forget le lyrisme 

Notre génération, tout âge confondu, n’a que d’infimes chances de connaître de son vivant la sensation de poser les pieds ailleurs que sur terre. Un sentiment que les équipages des missions Artemis vont ressentir dans quelques années. Les seuls à ce jour qui peuvent en parler ne sont plus que 4, ils ont entre 85 et 90 ans. La relève fait partie de notre génération. Ils ont entre 25 et 40 ans et se préparent en ce moment à vivre cette expérience inédite pour un humain de se retrouver à des centaines de milliers de kilomètres de chez lui. Livré.s à lui-même sur ce petit astre. 

Rien de mieux pour s’y projeter que les images des différentes missions Apollo disponibles sur Internet, comme ces images d’Eugene Cernan et Harrison Schmitt chantant en sautillant comme des enfants sur la lune, en 1972. Ils ne comptaient alors que sur l’équivalent d’une calculatrice de poche accrochée à un propulseur pour rentrer sur Terre, très confiants dans la capacité des humains qui ont su les envoyer là, à les ramener sains et saufs. Et ça aussi, c’est beau.

“I was strolling on the moon one day” Apollo 17

Artémis, 18 spationautes dont 9 visages féminins

Voici le portrait des 9 femmes telles que présentées par la Nasa, probables héroïnes de l’espace, qui le sont déjà toutes et tous par le chemin parcouru.- Vous noterez en effet que leurs CVs n’est pas du tout celui du touriste spatial. 

L’un de ces visages comprend notre première humaine à toucher la lune, peut-être même celles qui toucheront Mars une décennie plus tard. 

Kayla Barron Crédits : NASA/Robert Markowitz

Kayla Barron, des abysses à l’espace

Née le 19 septembre 1987 dans l’Idaho, Kayla a un parcours entre ciel et mers. Après des études en ingénierie nucléaire elle atteint le rang de Lieutenant commander au sein de la Navy. Elle fait alors partie du premier groupe de femmes habilitées à rejoindre l’équipagrée d’un sous-marin, des engins exclusivement masculins jusqu’aux années 2000 (ouverts aux femmes en 2014 en France). Elle rejoint le programme d’astronautes de la Nasa en 2017, au sein de la sélection 22. La promiscuité et l’isolement auxquels les sous-marinier.e.s sont confrontés plusieurs mois dans des boîtes de conserves technologiques générant leur oxygène à des centaines de mètres sous l’océan, rappelle les conditions de vie qu’il peut y avoir dans la station spatiale internationale ou dans tout véhicule spatial. Que ce soit sous l’eau, ou dans l’espace, la moindre fausse manoeuvre au sein de ces milieux hostiles à l’homme met en danger la vie de tout l’équipage. Son affectation à l’équipe d’Artemis cette semaine la destine à fouler le sol lunaire. Un parcours inspirant portant l’égalité des genres, qui sera parti non sans poésie du fond des océans pour atteindre la lune.

Crédit NASA/JAMES BLAIR – JSC

Christina Hammock Koch

Sélectionnée comme astronaute en 2013 elle détient le record du plus long vol spatial effectué par une femme, avec 328 jours dans l’espace et six sorties extra-véhiculaires. Elle a grandi à Jacksonville, en Caroline du Nord, et a obtenu une licence en génie électrique et physique, ainsi qu’une maîtrise en génie électrique.

Nicole A. Mann  Crédit : NASA/Robert Markowitz 

Nicole A. Mann 

Née à Petaluma, en Californie, elle a obtenu une licence et une maîtrise en génie mécanique.  Elle est lieutenant-colonel de l’U.S. Marine Corps et pilote de chasse sur F/A-18. Elle rejoint le corps des astronautes en 2013 et suit actuellement une formation de pilote pour l’essai en vol de l’équipage du Boeing CST-100 Starliner, le second véhicule spatial de conception privée qui décollera après la réussite du Dragon Crew d’Elon Musk (Space X). 

NASA/Aubrey Gemignani

Anne McClain

De Spokane, Washington, elle a rejoint le corps des astronautes en 2013, a passé 204 jours dans l’espace et effectué deux sorties extra-véhiculaires. Le lieutenant-colonel de l’armée américaine est une aviatrice de l’armée de Terre et pilote d’essai d’hélicoptère de l’école navale américaine. Elle est titulaire d’une licence en ingénierie mécanique/aéronautique et d’une maîtrise en ingénierie aérospatiale et en relations internationales.

NASA/Josh Valcarcel

Jessica Meir 

Elle a été choisie comme astronaute en 2013. Elle a passé 205 jours dans l’espace et effectué trois sorties dans l’espace. Née à Caribou, dans le Maine, elle a obtenu une licence en biologie, une maîtrise en études spatiales et un doctorat en biologie marine. Avant de rejoindre à la Nasa, elle étudiait la physiologie des animaux dans des environnements extrêmes.

Jasmin Moghbeli  – Crédits : NASA/ Robert Markowitz

Jasmin Moghbeli 

Elle rejoint le corps des astronautes en 2017. Major du corps des Marines américains, elle a été élevée à Baldwin, dans l’État de New York. Elle a obtenu une licence et une maîtrise en ingénierie aérospatiale. Elle était également pilote d’essai d’hélicoptère avant d’intégrer la Nasa.

Kate Rubins  – Crédits : Gagarin Cosmonaut Training Center

Kate Rubins 

Kate a été choisie comme astronaute en 2009 et est actuellement en orbite autour de la Terre pour son deuxième vol à bord de la Station spatiale internationale. Elle a été élevée à Napa, en Californie, et est titulaire d’une licence en biologie moléculaire et d’un doctorat en biologie du cancer. Elle fut la première personne à séquencer l’ADN dans l’espace et a déjà effectué 2 sorties extra-véhiculaires.

Jessica Watkins  Crédits : NASA/Robert Markowitz

Jessica Watkins 

Elle rejoint le corps des astronautes en 2017. Originaire de Lafayette, dans le Colorado, elle a obtenu une licence en sciences géologiques et environnementales et un doctorat en géologie. Avant de devenir astronaute, elle a effectué un stage postdoctoral au California Institute of Technology, où elle a fait partie de l’équipe scientifique du rover du Mars Science Laboratory, Curiosity.

Stephanie Wilson Crédits : NASA/Robert Markowitz

Stephanie Wilson 

Choisie comme astronaute en 1996. Vétérante de trois vols de la bonne vieille navette spatiale, elle a passé 42 jours dans l’espace. Née à Boston, dans le Massachusetts, elle obtient une licence en sciences de l’ingénieur et une maîtrise en ingénierie aérospatiale. Avant de devenir astronaute, elle a travaillé sur le vaisseau spatial Galileo au Jet Propulsion Laboratory de la Nasa.

ParAndréa Malange,
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