Quand les voiliers deviennent des avions – Petite histoire des IMOCAs

Quand les voiliers deviennent des avions – Petite histoire des IMOCAs

Le Vendée Globe 2020 est lancé ! Parce qu’un marin sans bateau est un marin triste, ce sont des Imocas dont nous allons parler. Retour sur la petite histoire de ces voiliers qui répondent aux doux noms de « BANQUE POPULAIRE VIII », « Initiatives coeur », ou « CHARAL ». Avec au programme un relooking digne de MTV, on n’a pas fini de vous faire aimer la voile.

Pendant que vous lisez ces lignes au chaud, des marins intrépides affrontent les océans peu cléments pour un tour du monde à la voile en solitaire de 40 075 kilomètres contre vents et marées. Ces skippeurs au mental d’acier parmi les plus expérimenté.es au monde sont aux commandes de fleurons de technologie maritime, les 60 pieds IMOCA. Monstres de performance et d’innovation, ce sont des bateaux conçus pour défier les éléments avec grâce.

Dès les premiers coups de crayon, les 60 pieds IMOCA sont souvent pensés ou repensés autour du skippeur qui l’habitera. Ce·tte dernier·ère intervient tout au long du processus dans le choix des équipements ou leurs dispositions au regard de son expérience personnelle de navigateur·trice, le tout pour qu’iel ne fasse qu’un avec son bateau. Et ça, je dois le dire, se faire construire son bateau c’est quand même la grande classe.

Vous vous en doutez, une course comme le Vendée Globe représente des années de préparation et d’entraînement pour le.a navigateur·trice, avec des dizaines voir des centaines de personnes mobilisées tout au long du projet. De la conception du navire, aux essais en passant par l’accompagnement du marin, iels se préparent aux courses océaniques les plus prestigieuses du monde telles que le Vendée Globe. Il s’agit pour les écuries d’IMOCAs de laisser en toute sécurité leurs coureur·se·s surentraîné·e·s mais téméraires, seul·e·s au milieu des océans déchaînés où iels accompliront un rêve au prix d’efforts forçant le respect. Une pensée à celles et ceux qui ont dû rebrousser chemin trop tôt cette année pour cause d’avaries. Le travail pour arriver à la ligne de départ est si monumental qu’il est rare de vivre un tel seum.

De l’exploration à la compétition

L’ histoire des IMOCAs, ou plutôt des grandes courses de voile dans leur forme actuelle commence dans les années 70,  jusque-là beaucoup de navigateurs se financent  à travers du mécénat ou se lancent à l’aventure sur des voiliers de plaisance avec le seul objectif de marquer les esprits d’un exploit ou de vivre une expérience personnelle. La majorité des courses de voile existent déjà mais restent l’apanage de fortunés et d’explorateurs fous. Le navigateur Eric Tabarly fait aujourd’hui partie des grands noms qui ont démocratisé la voile en France, avec une influence certaine dans le monde. Marin depuis son plus jeune âge mais aussi aviateur, il a fait de ses bateaux des laboratoires d’innovations dès la fin des années 60 et marque à plusieurs reprises le terrain avec une approche de compétiteur.

Eric Tabarly en compagnie de 2 Shadoks sur son Pen Duick VI.
Photo originale ©Bernard Rubinstein (70’s) / Montage : Blonde

La génération de skippeurs dont fait partie Tabarly amène une conception de « sport de gagne » à la voile océanique. Jusque-là, rares sont les courageux se risquant aux grands parcours en solitaires. Quoique les anglais eussent déjà le sens de l’aventure, Robin Knox-Johnston officialisait le premier tour du monde en solitaire en 1968. Les Français voient alors la voile comme un art de vivre avec une vision poétique de ces voyages. Un esprit où une traversée océanique prenait jusqu’ici la forme d’un récit de voyage d’explorateur·trice rêveur·se plus que d’une course entre compétiteurs·trices. Bernard Moitessier illustre bien cette philosophie, lui qui écrivait des livres à partir de ses histoires de traversées en solitaire. N’hésitant pas à déserter une course avant la ligne d’arrivée pour prolonger le voyage et vivre sa meilleure vie en mer, libre comme l’air. Tabarly, vainqueur et conquérant de grands prix de son époque ouvre ainsi la voie à une nouvelle génération de skippeurs prenant confiance en eux dans une culture de compétition et de dépassement.

Place à la sponso

Dans les années 80, les marques commencent à flairer le fort potentiel publicitaire de financer les skippeurs solitaires en renommant les bateaux avec leurs noms. La voile en solitaire est un symbole fort de l’explorateur et symbole du compétiteur hors pair, du challenger qui tombe et se relève. Tout ce dont un parfait utilisateur de Linkedin se nourrit pour donner du sens à sa carrière. Tout ce qu’espère être une entreprise vectrice de valeurs.

Ci-dessus, une photo du départ de La Solitaire du Figaro (ex Aurore) en 1986, comparé au même départ de 2019. Un Avant/Après de l’ère du sponsoring. Notez l’évolution de la forme des coques, voiles et matériaux.

En plus de créer de l’estime pour les marques, la voile fait rêver le public d’aventures. Et ça marche bien. “Ce que l’on sait, c’est que 2 Français sur 3 identifient la Banque populaire à la voile. (..) la voile contribue à la mécanique de préférence de marque. L’objectif, c’est que nos clients et le grand public aient une meilleure image de Banque populaire et qu’ils l’associent à des valeurs porteuses d’avenir, et aussi en terme commercial.» déclarait Thierry Bouvard dans les colonnes de La Tribune pour les 30 ans de Sponsoring de Banque Populaire, pionnière dans le domaine.

Des bateaux toujours plus performants

Si le nom de baptême des bateaux perdent un peu de poésie, les compétitions de voile sont de plus en plus médiatisées à partir des années 90 et deviennent des laboratoires d’innovation technologique féroces avec des enjeux de communication importants. Cela rappelle évidemment les écuries de Formule 1. C’est ainsi que pour les courses océaniques, nous sommes passés en quelques dizaines d’années de voiliers étroits comme on peut en voir dans les ports de plaisance, à ces coques très larges et couvertes de logos qui ont fait leurs preuves en haute mer. Longtemps faites en bois puis en résines, elles sont de nos jours composées essentiellement de composites et fibres de carbone de dernière génération dans une recherche de la vitesse ou chaque milligramme compte. Des coques auxquelles on rajoute tous les ans de nouveaux trucs aérodynamiques qui dépassent.

Construction accélérée d’un IMOCA récent. La coque est fabriquée par couches successives au sein d’un moule en bois.

D’ailleurs la révolution la plus visuelle et marquante de ces dernières années c’est l’apparition des foils. Des ailes aérodynamiques de chaque côté du bateau qui diminuent sa résistance à l’eau et augmentent sa vitesse en lui permettant de littéralement décoller dans les airs. Bien souvent ce sont les logiciels issus de l’aéronautique qui inspirent ces nouvelles approches, comme pour les voitures. Ce sont des… batavions ?

Un bateau volant (à 0:30) sur une musique EDM insoutenable.

Qu’est-ce qui définit un IMOCA ?

À l’origine de cette classe, c’est d’abord la nécessité de poser une règlementation minimale pour la construction de bateaux dédiés aux courses océaniques en solitaire. Créée après le premier Vendée Globe en 1991 la classe IMOCA c’est l’acronyme d’International Monohull Open Class. Une association qui définit « la jauge » de la classe des 60 pieds et dont les membres ne sont autres que les organisateur·ice·s de courses, skippeurs et architectes.

La réglementation de jauge IMOCA pose tout d’abord un cadre de sécurité, imposant par exemple 5 cloisons étanches ou la possibilité pour le·a navigateur·trice de pouvoir s’extraire du bateau si iel se retrouve à l’envers et de pouvoir le retourner seul par la quille. Le bateau sera offert aux éléments dans des conditions rudes et devra assurer la survie du skippeur. L’océan c’est pas chouquette.

Exemple d’un « test de 180° », vérifiant que le skipeur peut retourner seul son bateau.

La classe intervient donc pour encadrer, voir faciliter la conception et la construction de ces bateaux tout en étant garante de standards qui équilibrent les courses et les rendent plus sûres. Par exemple, la longueur est limitée entre 59 et 60 pieds (environ 18m), alors que la surface de voilure sera libre.

Dans d’autres sports mécaniques soumis à un cahier des charges, comme la Formule 1, les règles sont strictes et peuvent se baser sur contraintes liées au marketing. Par exemple, on rend la F1 plus spectaculaire en facilitant le dépassement des voitures entre-elles. Les écuries sont alors contraintes de réduire la trainée aérodynamique de leurs véhicules dans ce but. Dans le cas des voiliers IMOCA, c’est une jauge dite ouverte, laissant le plus de liberté possible aux architectes.

La philosophie du législateur est de permettre aux concepteurs des bateaux de tester toutes les innovations possibles pour battre des records de durée de traversée, puis valider et homologuer de nouvelles technologies prometteuses. Nous sommes ainsi passés de 109 jours de traversée en 1990 lors de la première édition du Vendée Globe, à 74 jours en 2016. C’est fou.

Il est l’heure de pimper un IMOCA

Comme tout véhicule de compétition qui se respecte, la performance de ces fleurons de technologie navale, n’a d’égale que l’austérité de leurs intérieurs. Voilà un problème très sérieux qui mérite d’être traité.

Certes, le confort à bord a bien évolué ces deux dernières décennies avec la démocratisation de différentes technologies comme le pilote automatique. Ce bon ami évite au skippeur de barrer en permanence et le laisse souffler. Mais il est rare d’être au repos sur un tel engin et passer 70 jours dans des conditions spartiates, ce n’est pas facile.

C’est pourquoi nous allons ajouter une petite touche déco et confort pour nos navigateurs·ices héroïques traversant les océans, qui n’ont pour lit qu’une petite bannette. À force d’économiser des grammes à chaque centimètre carré pour rendre efficace cette foutue voile iels en oublient de se faire plaisir. Je suis là pour leur rappeler que c’est possible, sans perdre de performances, bien au contraire. Mais aussi et surtout pour rendre nos beaux IMOCAs plus attractifs pour une clientèle de riches acheteurs Saoudiens qui pourraient apprécier de participer à la course, bien installés et à plus de 700 km/h.

La motorisation

Nous sommes en 2020, la faible empreinte carbone et la beauté de la voile, c’est bien joli mais c’est incompatible avec la clientèle visée. Une clientèle immensément riche qui cherche opulence et puissance.

C’est pourquoi, j’ai décidé l’installation de deux turboréacteurs d’avion long-courrier : TRENT 1000 de chaque côté de la coque. Ils sont couplés à un moteur Diesel de 2700 chevaux et à une hélice de paquebot fixée sur un pod rotatif afin de dépasser amplement le mur du son. Ça suffira pour boucler le Vendée Globe en une aprem.

Malheureusement, durant la phase de conception, il a été admis qu’une hélice de paquebot de 10m et 95 tonnes était trop lourde pour être accrochée sous le voilier qui en fait 7. C’est pourquoi la taille du pod et de l’hélice ont finalement été réduits. Je regrette la perte de puissance due à cette réduction..

Comme vous pourrez le constatez ci-dessous, la mise en pratique a été assez simple. Notez que le réacteur a été monté à l’envers sur notre prototype, cela afin de lui permettre d’aspirer de l’eau plutôt que de l’air. Malheureusement, après installation il a été admis que le skippeur pourrait être aspiré par les réacteurs s’ils sont en marche. Ils étaient par ailleurs trop haut pour aspirer de l’eau et de toute manière ça ne marche qu’avec de l’air paraît-il. C’est bien dommage. Heureusement, ces réacteurs à 15 millions d’euros avaient été démontés sans permission sur des avions stockés pendant la pandémie, je n’essuie donc aucune perte.

Ils resteront éteints tout au long des traversées mais seront naturellement conservés dans un but purement décoratif, malgré leur 16 tonnes. Rien ne vaut le sentiment de puissance qu’ils procureront aux futurs propriétaires. Il est important de rappeler que nos clients potentiels ayant fait fortune dans le pétrole, ils apprécieront sans aucun doute cette attention parfumée au kérosène.

L’aménagement intérieur

À l’intérieur d’un 60 pieds de compétition, les murs sont en fibres de carbonne, et l’espace est exigu, tout va à l’essentiel. Les écrans affichent des cartes météos incompréhensibles plûtot qu’un bon service de streaming. Rien ne va. Comme pour la propulsion, plûtot que de faire appel à un architecte d’intérieur c’est toute une expertise personnelle qui a été mise à profit dans ce travail.

La réalisation ci-dessous est le fruit de ces efforts pour rendre l’espace confortable sans qu’il ne soit aucunement fonctionnel. Notez que la baignoire obstrue le passage vers la cabine intérieure du bateau. Un trou (non visible) a donc été fait sur le pont avant à la scie-sauteuse pour en permettre l’accès. Ce choix semblait primordial compte-tenu de l’importance d’avoir une belle baignoire dans ce 60 pieds IMOCA. Baignoire dont nous avons réduit le poids à seulement 500 kilos grâce à un puissant alliage d’or recouvrant une structure invisible de diamant alvéolé. Compte-tenu du poids déjà dû aux aménagements et à la motorisation, il a été jugé superflu d’y installer une arrivée d’eau. Un robinet aurait par ailleurs rendu le tout moins épuré. Sans compter les économies d’énergie et le geste non négligeable que cela représente pour la planète. Notez par ailleurs la présence d’un tapis de qualité supérieure qui a de quoi faire jalouser le bateau Charal.

On espère rapidement voir ce nouveau design accepté par les sponsors du Vendée Globe pour la prochaine édition et être homologué. Je suis prêt à faire des compromis, notamment en ce qui concerne le choix des couleurs. 

On vous invite à envoyer toutes vos idées d’aménagement intérieur à contact@blonde.media, nous pourrons ainsi en débattre et en faire profiter tout le monde.

ParAndréa Malange,
le

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