CE QUE MARS PENSE DE NOS ROBOTS (SA RÉPONSE VA VOUS ÉTONNER)

CE QUE MARS PENSE DE NOS ROBOTS (SA RÉPONSE VA VOUS ÉTONNER)

Sur la quarantaine d’objets que nous avons envoyés vers Mars, la moitié seulement sont arrivés à destination. Une épopée que nous vous comptons ici. Dans les années 50, les chroniques SF de Ray Bradbury parlaient une civilisation martienne tandis que 20 ans plus tôt, l’émission la Guerre des mondes, effrayait les États-unis. Finalement les seuls envahisseurs c’est nous, du moins nos robots.

Nous avons envoyé plus de 40 objets sur Mars, la moitié y sont arrivés, les autres se sont écrasés, se sont perdus, ou ont explosé en vol. Qui l’eut cru, envoyer nos trucs sur Mars c’est assez technique. Il n’empêche que nous sommes nés à l’époque ou nous savons le faire, contrairement aux milliards d’homo sapiens avant nous. La réalité du désert martien est moins reluisante que les chroniques SF citées plus haut. De même qu’envoyer un robot paraît d’une étonnante banalité à l’heure ou poster un tweet utilise autant de puissance que l’intégralité du programme Spatial Apollo combiné.

Pourtant, envoyer des objets à plus 60 millions de kilomètres vers l’inconnu, les faire atterrir sur une planète, puis les contrôler à distance, c’est ce qu’on appelle un exploit technique. S’en émerveiller, c’est aussi apprécier cette chose étrange et pleine de surprises qu’est la condition humaine. C’est de ces machines et de leur histoire dont nous parlons ici. Et en introduction qui de mieux pour nous en parler que la planète Mars, elle-même ? Elle a accepté de répondre à nos questions.

Interview exclusive de Mars

Salut Mars, comment as-tu vécu l’atterrissage de la sonde Perserverance ce 18 février 2021 ?

M: Je n’ai rien senti. Tu sais, je fais 6779 km de diamètre, et j’ai eu ma dose en astéroïdes il y a 3,8 milliards d’années, vos petits machins ne me font pas peur, c’est comme une caresse dans mon atmosphère.

Peux-tu m’assurer que tu es bien la planète Mars ?

M : Je suis Mars, j’ai appris le Français sur Babel en piratant vos machins radio qui me tournent autour. Ne commence pas à douter sinon je met fin au Zoom…

D’accord. Selon-toi, pourquoi revient-on se poser à ta surface cette année ?

M : Peut-être que vous cherchez quelque chose ?  Vous grattez, vous percez, vous balancez des rayons lasers. Et puis il y a l’autre machin qui fait des trous dans ma roche comment il s’appelle ? 

Tu parles de notre sonde Insight qui est arrivée en Novembre 2018 ? Elle étudie ton activité sismique et volcanique.

M : Oui. Vous êtes trop mignon il a essayé de forer mais il s’est retrouvé bloqué. Et puis il y a ce robot rampant et radioactif qui traîne depuis 4 ans, vous venez de faire atterrir son double.

C’est le Rover Curiosity arrivé en 2016, il est de la même conception que Perseverance.

M : Ouai. Vous savez moi je m’en fout je l’ai eu ma gloire, c’est mignon de vous voir, vous êtes les choses organiques de la Terre. Méfiez-vous d’elle, elle va vous lâcher. Il y en a eu d’autres avant vous.

Tu accepterais de nous parler de ta période de gloire ?

M : Votre planète était encore une boule de feu, j’avais déjà une atmosphère et des océans, je me sentais vivante. Maintenant c’est la hess.

Justement, avec Persévérance c’est des traces vie passée que nous cherchons, nous aimerions que tu révèles en exclu si tu as abrité de la vie 

M : De la vie primitive et moins intrusive que vous, ça c’est possible. 

D’accord. Quelque chose à ajouter ?

M : Non vraiment pas, fini de jouer les planètes, à 15h j’ai un gros RDV au Pôle Emploi de Cergy.

Merci Mars ! 
M : Et surtout stay safe les gars

DE LA LUNETTE ASTRONOMIQUE AUX SONDES

Mars c’est avant tout un point blanc dans le ciel, dont on a compris dès l’antiquité qu’il s’agissait d’un astre avec une trajectoire prévisible. Les humains se contenteront de leurs yeux et de leurs formidables pouvoir de déduction mathématiques pendant des siècles, jusqu’à ce que Galilée y pointe sa révolutionnaire lunette astronomique entre deux débats sanglants sur l’héliocentrisme versus géocentrisme. Il y verra, un point blanc flou, un peu plus gros qu’à l’oeil nu.

Avec le développement des lunettes et de l’astronomie, au début du XIXeme siècle, la connaissance de Mars est suffisamment avancée pour que l’on ait une estimation de sa distance, de sa taille, de sa trajectoire, tout en ayant eu le temps concocter beaucoup de théories. La planète Mars est encore un monde mystérieux qui pourrait bien abriter la vie tant elle semble nous ressembler, en plus de nous être proche.

 La découverte en  1860 de lignes à sa surface faisant penser à des canaux, lance les rumeurs populaires les plus folles sur la potentielles présence d’une civilisation avancée. Ce deviendra une folle théorie de la fin du XIXème siècle et participera à lancer les fantasmes les plus fous sur la planète jusqu’à l’arrivée des premières sondes. Finalement, à mesure que la résolution des outils d’observation augmente, on se rend compte que ces « canaux martiens », déjà très débattus, ne sont qu’un effet d’optique. Mais dès lors, le voyage stellaire fascine, HB Wells sort son livre la Guerre des Mondes inspiré par les canaux, 30 ans plus tard Orson Wells en fait un canular radio resté mythique. Au début du XXème le cinéma s’empare du sujet de l’espace. Mélies sort le Voyage vers la Lune. L’espace fascine, et mars est au centre des fantasme. Nos outils tels que les télescopes sont trop lointains et imparfaits. Sans données suffisantes, et malgré toute la force de l’intelligence collective, nous en restions aux théories.

Les sondes spatiales vont être les outils fascinants qui manquaient à notre compréhension de Mars. En les bardant de capteurs, il va bientôt être possible de se rendre à des millions de kilomètres, directement sur Mars, au prix de patience.

UNE HISTOIRE DE SONDES

À la fin des années 50 avec la course à l’espace, la planète rouille est une destination de choix pour l’envoi de sondes, son intérêt scientifique est motivé par sa proximité et sa ressemblance avec la Terre.

Nous devons la toute première tentative de vol vers Mars à l’Union Soviétique. En 1960, en pleine guerre froide et trois ans après la réussite de Spoutnik l’URSS lance le programme Marsnik. 

Marsnik c’est deux sondes qui s’appellent MARS1960A et MARS1960B. Deux sondes prêtes à explorer l’espace intergalactique entre la Terre et Mars et prévues pour envoyer des clichés au survol de la planète rouge. Elles ouvrent la voie.  Souvent, en ces temps pionniers de la conquête spatiale, nos engins spatiaux partaient en doublon, ainsi entre les sondes Mars1960A et Mars1960B, on s’assura de multiplier les chances que l’une des deux arrive à bon port. Comme vous allez le voir, la vie n’était pas rose pour ces pionnières. Les deux furent détruites  à 4 jours d’intervalle après des défaillance de leurs lanceurs. En moyenne il faut attendre 2 ans entre chaque lancement de sonde, afin d’effectuer le voyage au moment ou Mars est la plus proche de la terre. 

Pas de quoi se laisser abattre dans ce grand concours d’égo qui se joue entre les deux blocs. En pleine Crise des missiles de Cuba, la Russie remet une couche vers Mars, deux ans plus tard, en 1962 avec le programme Spoutnik 22. Le bel objet sera lui aussi désintégré avant même de quitter l’atmosphère, après que le dernier étage de son lanceur eut explosé en vol. Un lancement raté manquant de justesse d’être interprété par les Américains comme un tir de missile. Mais les soviétiques n’ont pas le temps et sûrement pas 2 ans de plus à perdre, huit jours plus tard, le 1er Novembre 1962, La sonde Mars 1 et sa caméra de 32 kilos s’envolent.

LES PREMIÈRES INFOS DE NOS CAPTEURS VOLANTS

À ce moment-là, les chercheurs sont encore loin d’être fixés sur les conditions atmosphériques qui règnent sur la quatrième planète du système solaire, des théories très sérieuses et débattues imaginent encore une végétation organique possible sur Mars, rappelez-vous que nous ne l’avions vu qu’à travers nos Télescopes. La survoler ce serait acquérir de très précieuses données. La sonde Mars 1 n’explose pas au décollage, et pour la première fois une sonde martienne réussit à s’approcher à une centaine de milliers de kilomètres de son objectif. Elle récoltera des données scientifiques précieuses sur le champ magnétique et sur les vents solaires. Un succès toutefois imparfait. Une fuite d’azote détectée pendant son transit rendra ses manœuvres quasiment impraticables et sa caméra inutilisable, elle ne réussira pas à atteindre l’orbite martienne et continuera de dériver hors de contrôle. Les soviétiques en perdront le signal en 1963. Toujours pas de selfie à côté de Mars…

LES SONDES AMÉRICAINES

C’est au tour des Américains de se lancer dans la conquête martienne, avec la sonde Mariner 3 construite par le très fameux Jet Propulsion Laboratory de la NASA, dont nous allons reparler. Lancée au début du mois de novembre 1964, les apprentis-sorciers du JPL échoueront à larguer la coiffe de la fusée, -la partie protégeant la sonde au décollage-  le fruit de leur travail se retrouvera sur une mauvaise orbite, la sonde perdue à tout jamais. Décidemment.

C’est sa jumelle Mariner 4, lancée à la fin du même mois, qui sera la toute première sonde à réussir une mise en orbite autour de Mars. -On remarquera ici tout l’intérêt de construire les sondes en double.- Avec sa caméra de télévision, voici la sonde qui nous enverra les premiers clichés de Mars prises proches de Mars, 22 photographie en tout. Une grande réussite technique, mais une grande déception aussi de découvrir que Mars est aride. Avec des températures de 100 degrés sous le zéro, elle n’a pas de champ magnétique, et  son atmosphère est bien plus fine qu’on ne l’imaginait. Adieu les rêves de végétaux et de planète accueillante. Peu de chance qu’une vie puisse y exister, mais une vie passé, peut-être bien.

Les Américains iront de succès en succès avec les sondes Mariner 6 et 7 en 1969  pendant que quelques rares tentatives soviétiques échouent au décollage durant cette période, et ce jusqu’à la sonde Mars 2 en 1971.

Cette nouvelle génération de sonde Soviétique entre dans l’histoire. L’atterrisseur de Mars 2 sera le premier objet de fabrication humaine à toucher la planète Mars, en s’y écrasant le 22 août 1972, tandis que son orbiter fournira de grands volumes de données. Elle sera suivie de Mars 3 qui réussira à poser son atterrisseur, ce sera le premier objet humain posé sur Mars en un seul morceau. Dans ce climat de Guerre froide, jouant à qui sera le premier, Mars 2 sera toutefois devancée de quelques jour d’un autre record par la sonde Américaine Mariner 9. Celui d’être le premier objet mis en orbite autour d’une autre planète.

Mais les sondes qui marqueront de loin l’exploration spatiale c’estles Viking 1 et 2 qui imprégneront le grand public à tout jamais avec les photos couleurs et détaillée de la surface martienne, fournies par leurs atterisseurs. Elles seront aussi les premières à cartographier plus de 80% de la surface. Après le succès de Viking 2, il s’écoulera près de 20 ans avant que l’on réussisse à y retourner, les très rares missions qui s’y sont tentés durant cette période ont échouées. Nous sommes en 1996 lorsque Mars Global Surveyor arrive à bon port avec une ribambelle de nouvelles technologies permettant de pousser la compréhension de planète rouille. Et maintenant que l’on a cartographié Mars, que l’on sait s’y poser, il serait formidable de pouvoir s’y déplacer.

LES ANNÉES 90 ET L’ÈRE DES ROVERS

La première tentative de poser un rover était soviétique, un tout petit rover, le Rover Prop-M dont on ne saura jamais si il a convenablement atterri, suite à une tempête martienne. Le tout premier Rover a toucher Mars, c’est Sojourner en 1996. Prévu pour durer 7 jours il fonctionna 86 jours et permis de révéler les traces passées de l’eau. Viendront ensuite Spirit et Opportunity, deux rovers équipés de panneaux solaires.

CURIOSITY ET PERSERVERANCE, LES PETITS DERNIERS

Le premier de nos derniers arrivant c’est Curiosity arrivé en 2016, et toujours en action. Le second vient d’atterrir, c’est Perserverance. Deux gros Chariots équipés d’une mini centrale nucléaire leur permettant une durée vie bien supérieure aux robots de générations précédentes dont les panneaux solaires étaient vites recouverts.

PERSÉVÉRANCE, A NOTRE RECHERCHE

L’objectif principal de Perserverance est d’étudier des traces de vie passée à la surface de Mars.  On sait maintenant que mars avait des océans dans une période très primitive, il y a environ 3,8 milliards d’années. Le robot Curiosity,  toujours actif, a montré des traces d’érosions sur les roches démontrant la présence d’eau passée. On sait aussi qu’il y a de la glace sur mars, dans ses pôles. La planète rouille aurait donc été un endroit formidable pour que la vie y naisse, une vie très primitive, disparue il ya plusieurs milliards d’année. Une vie si primitive qu’elle pourrait nous aider à comprendre d’où nous venons. Car sur terre il est difficile de remonter au briques élémentaires. Une vie basée sur les éléments principaux constituant les êtres vivants CHNOPS, Carbone hydrogène, azote, oxygène, phosphore, soufre. Nous sommes tous des Chnops et c’est par défaut de la vie à base de Chnops que nous cherchons ailleurs, ces éléments sont les plus susceptibles de s’assembler pour créer de la vie. L’étude de la surface de mars on appelle ça l’aréologie. La mission de Persévérance c’est la récupération d’échantillon pour les analyser et y trouver de la vie microbienne.

COMMENT S’Y PREND-IL ?

Il faut tout d’abord trouver un lieu où poser le robot, un lieu susceptible d’avoir abrité de la vie. Il y a 3,8 à 5 milliards d’années, ce cratère a été rempli d’eau pendant plusieurs millions d’années, un bassin vers lequel convergent des anciens lits rivières. C’est un des endroits des plus intéressant géologiquement, avec des traces de sédimentations, roches argileuses qui ont été détectées depuis l’orbite avec Mars. Des indices laissant penser la présence d’une vie microbienne. Ce serait la première fois de l’histoire que des traces de vie seraient trouvées en dehors de la terre. Des révélations sur la nature même de la vie dans l’espace. Ce serait la vie telle qu’on la connaît basée sur le CHNOPS 

Notre robot est donc une grosse boite sur roue, bardée d’instruments. Une partie de son travail consiste à faire des mesures en direct. Une autre, assez originale, va être de collecter des échantillons à l’aide d’un foret, de les placer dans différents tubes. Ensuite,  les tubes seront ramenés à chaque prélèvement à un emplacement unique. Une autre mission télécommandée dont le départ est espéré en 2024, sera chargée de ramener ces tubes sur Terre afin de les examiner. Une partie de cette mission de récupération sera d’ailleurs Européenne.

Évidemment, il est important de se rendre compte que les différents instruments ne doivent pas être contaminés par les Terriens, la vie a une fâcheuse tendance à se faufiler partout et à résister. Sur la Lune par exemple, des colonies de tardigrades laissés par le crash d’une sonde survivent exposés aux rayons cosmiques, sans oxygène, comme mis en veille. On appelle « Protection des planètes » le fait de stériliser tous les outils qui partent sur Mars, c’est pourquoi on construit les différentes sondes en Salle Blanche. 

UNE IMMERSION TOUJOURS PLUS FOLLE

Comme nous les montrent les panoramiques de Mars envoyés il y a quelques jours par Persévérance, nous sommes à deux doigts d’une véritable expérience de réalité virtuelle sur Mars.

Avec Insight qui s’est posée le 26 novembre 2018, nous avions pu entendre les sons du vent sur Mars. Le rover en a traduit un son artificiel à travers les données de la vibration du vent contre son sismographe. Nous avions donc déjà entendu une sorte de vent Martien. Mais pour la première fois avec Perserverance c’est un véritable micro qui est embarqué et qui nous transmet le son de Mars. Les sons émis par le rover masquent les bruits. Ce qui intéresse les scientifiques et ingénieurs puisqu’il est un nouvel outil de mesure sur l’état du fonctionnement de la Sonde. Combiné aux autres instruments, il participe aussi aux prises de mesures. Par exemple lorsqu’insight effectue des actions et mesure sur les roche, le micro enregistre le retour son et en tire des données qu’il combine. Nous avons donc le droit à un panoramique de Mars en 4K et une bande son.

La grande révolution à venir c’est le drone Ingenuity. Embarqué sur Peserverance, tel un fidèle compagnon. Il promet de voler bientôt à la surface de mars et de livrer des images de la surface en se déplaçant jusqu’à 50m de hauteur. Un premier essai pour la future grande révolution spatiale : les drones. La conquête de planète comme Mars avec ces objets promet des capacités de déplacement et de mesures inédites. C’est la première fois aussi que nous pourrons filmer un rover à la 3ème personne. Ingenuity décollera bientôt du rover et sera en quelque sorte le premier hélicoptère miniature à la mode d’Avatar à se ballader sur Mars. Le dernier né technologique d’une longue marche robotique. En 40 ans nous sommes passés d’observateurs lointains, à conquérant télécommandés, volant à la surface d’un autre monde.

ParBlonde,
le

Nous contacter

3 min pour un Blonde meilleur

Reportez-nous votre expérience sur la bêta, ou les problèmes que vous constatez.
Sur quel terminal nous avez-vous visité ?*
Quel navigateur utilisez-vous ?*
Si vous avez rencontré un bug, décrivez-le ici*
E-mail