Assainir Twitter en y ajoutant des stories, un pari pour l’humanité

Assainir Twitter en y ajoutant des stories, un pari pour l’humanité

Twitter ajoute Fleets, son concept de stories révolutionnaire pour s’aimer et se haïr avec nuance. Comment ? On répond aux questions non pertinentes que nous nous sommes posés à nous-même.

Fleets c’est quoi précisément ?

C’est une nouvelle fonctionnalité qui permet de publier des photos, ou de courtes vidéos éphémères directement depuis son smartphone. À l’aide de la caméra frontale par exemple. Voir même d’intégrer des Tweets dans une photo ! Du jamais vu. Ces publications d’un nouveau genre seraient accessibles sur le profil pendant une durée de 24 heures, une drôle d’idée très prometteuse.

C’est la même chose qu’Instagram Stories ?

Non. Ça s’appelle Fleets. 

La volonté de Twitter est avant toute chose d’entrer dans le marché juteux en temps de cerveau de la storie dont il était absent. Rien de mieux pour ce faire que de dupliquer un concept éprouvé et rassurant pour les utilisateurs… Une approche qui va jusque dans le choix des typos.

« Cela peut donner l’impression qu’on entre un peu tard dans la partie, mais nous avons voulu être consciencieux et explorer le format »  se défend le directeur du design Joshua Harris à la conférence de presse de lancement.

À en croire la vidéo de présentation de Fleets, le format a en effet été exploré mais très très doucement. Pourtant nous allons le voir, Twitter a bel et bien des intentions nobles derrière ce lancement. Intentions qui ne sont pas du tout rentrées au chausse-pied pour justifier un énième hold-up du format stories derrière le casse réussi d’Instagram en 2016. Mais qui sommes-nous pour juger le lancement stratégique d’une fonctionnalité par une entreprise qui pèse 35 milliards de dollars ?

Une chose est sûre, Snapchat disparaît peu à peu du paysage comme Yahoo de son temps. Des potes cools qui ont lancé une bonne idée mais qui se sont avérés bien ringards. On les respecte mais on les a perdus de vue et on a la flemme d’en entendre parler.

Fleets, est-ce dangereux pour ma santé ?

Twitter n’a pas communiqué à ce sujet mais de prime abord Fleets ne représente aucun danger pour votre santé. Tout dépendra de l’usage qu’en font les utilisateurs, il se pourrait en effet que l’on assiste à quelques éloignements habituels. Il y aura ceux qui persisteront à reposter des Insta Boomerangs d’eux-même dans un miroir de salle de bain, ceux qui utiliseront Fleets pour inciter à l’achats de produits de drop shipping tels que des collants à leds ou des montres-drone pour chien peluche. Rien de bien nouveau ni de quoi s’inquiéter plus que mesure.

Qu’est-ce qui est dangereux pour ma santé alors ?

Je n’ai pas parlé de santé. Twitter c’est un peu comme la Terre, il y a des endroits où il fait bon vivre, d’autres où il faut se faire tout petit. Depuis que le réseau est devenu un mauvais film de SF où robots et humains se manipulent dans les deux sens afin de changer le cours de l’histoire au milieu d’un énorme champ de bataille virtuel de non-droit, certaines dérives fâcheuses tendent à devenir monnaie courante sur le réseau. Il a de moins en moins d’espace sûrs où nous sommes épargnés par des feeds tendus aux conversations hermétiques.

D’accord. Savez-vous comment je crée un compte Twitter sans avoir recours à la 5G ?

Parmi ces dérives profondes, outre l’amplification inquiétante d’infox grosses comme des immeubles, il y a le lynchage systématique de personnes reliées à des contenus sensibles ou incompris. Trop souvent des menaces de morts sont pointées du doigt autour de contenus très sensibles ou vraiment très incompris.

C’est peut-être le destin tragique de toute plateforme à l’âme hippie. Proposant dans la joie et la bonne humeur, partage et lien social en 280 caractères. Je note que lorsque les gens donnaient moins leur avis, 140 caractères suffisaient.

Vous pensez ?

Ces dérives finissent par faire du harcèlement en ligne une sorte de culture internet qui fait partie du paysage et à laquelle on s’accoutume pernicieusement. C’est inquiétant pour la psychologie et l’intégrité des jeunes usagers, susceptibles de s’y exposer. Sans l’entraînement nécessaire pour entrer en interaction avec d’autres gens sur les réseaux sociaux, c’est les laisser sans défense sur un no man’s land. C’est d’autant plus vrai à l’heure où une photo de pot de fleurs peut déclencher une guerre mondiale dans l’internet. Ou transformer une vie en enfer.

Personne n’est à l’abri des hordes de commentateurs déchaînés lorsqu’ils se polarisent. Nombreuses sont les personnalités et associations qui le dénoncent. Cyber-harcèlement, cancel culture, haine en ligne… Régulièrement c’est Twitter qui est pointé du doigt comme responsable de tous les maux.

Évidemment, Twitwi se sent à juste titre responsable du bien-être dans son réseau. À force d’être accusé de laxisme face aux propos haineux salissant régulièrement sa plateforme qui n’est qu’amour, le réseau social s’est engagé à mettre en oeuvre une vision au long cours. Celle d’amener peu à peu à les utilisateurs à prendre de la distance face aux contenus, de les inciter à mettre de la nuance et plus de respect dans leurs propos. Le tout en gardant une certaine neutralité, mais la neutralité des réseaux sociaux c’est encore une autre histoire.

Et comment ils font ça ?

En repoussant par exemple le format classique du tweet textuel qui atteint sa limite en terme d’expressivité. Comme cet article. Cela passe par un certains nombre de mesures et d’innovations tels que l’ajout récent du Tweet audio. Selon la designer Maya Gold Patterson et ses équipes : « entendre l’empathie, l’émotion et la nuance dans la voix de quelqu’un pourrait aider les personnes à se connecter entre eux différemment ». Noble intention.

Des améliorations parfois discrètes intégrées depuis quelques temps. Par exemple la possibilité de cacher les commentaires offensants. On voit aussi apparaître des incitations à lire un article avant de le partager et de propager n’importe quoi. D’autres sont en test. Christine Su, cheffe de produit chez l’oiseau, a confié tester des notifications « coup de coude » pour amener les gens à s’excuser en privé. Difficile de le visualiser mais ça prête à sourire. À moins qu’il ne s’agisse d’un bouton « s’excuser » comme un poke de nouvelle génération. La légende raconte que certaines victimes de harcèlement pourraient recevoir des bouquets de fleurs de leurs bourreaux grâce à cette fonctionnalité.

Alors comment apaiser les tensions de notre époque avec de l’expérience utilisateur ? C’est la question que se posent tous les jours certains cadres de Twitter. Peut-être même qu’ils n’en dorment pas. Ils sont en tout cas très bien payés.

Et Fleets ça sert à quoi dans tout ça ?

Fleets que l’on peut traduire par « pensées fugaces » c’est ce fameux outil qui élargit la façon d’interagir et de s’exprimer grâce à un format plus vivant et éphémère. “Les gens nous disent souvent qu’ils ne se sentent pas à l’aise pour tweeter parce que les Tweets peuvent être vus et répondus par tout le monde. (…) Beaucoup d’entre-nous peuvent probablement comprendre cela”. C’est ce qu’en dit Kayvon Beykpour le fondateur de Periscope, racheté par la firme en 2015. Naturellement, inciter les profils passifs ou inactifs découragés par les Tweets à s’approprier un format et y publier, pourrait enrayer la fuite d’utilisateur vers les autres plateformes. En plus de permettre à certaines personnes de s’exprimer différemment.


Autre point en faveur de la nuance, le format Fleets force l’interaction par message directs plutôt qu’avec des commentaires visibles par tous. Les commentaires publiques ayant tendance à glorifier la critique gratuite et à faire monter la mayonnaise. Ainsi poster un tweet ou une image via Fleets pourrait donner des retours plus apaisés, comme dans la messagerie Insta. « Les gens se sentent plus à l’aise pour partager des choses qui leur viennent à l’esprit. Des opinions, des sentiments » indiquait Joshua Harris à ce propos. Et on l’a bien vu avec Instagram, le partage des sentiments c’est important.

Je suis community manager, vais-je avoir plus de travail ?

Bien sûr ! Depuis que votre entreprise a délaissé sa plateforme, Twitter s’en est rendu compte et souhaite récompenser votre travail quotidien de CM. Alors il vous invite à (re)travailler aussi pour la sienne.

Vous voilà de nouveau aux portes de l’arène, avec un nouvel outil pour une nouvelle audience. C’est l’occasion de comprendre Fleets et d’adopter un ton singulier propre à votre marque et aux nouveaux terrains que Twitter ouvre. Quoi qu’il en soit, si la communauté Twitter ne comprend pas votre marque, c’est leur problème et pas le vôtre. Contentez de vous de cross-poster nonchalamment vos stories Insta. Les Twittos vous remercieront.

De ne pas les appeler comme ça.

Il va être intéressant de voir durant les prochains mois comment le Twittogame va s’approprier ce nouveau format et y créer de nouveaux codes. Ou bien le laisser sombrer dans les enfers des lancement ratés.

ParAndréa Malange,
le

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